mercredi 10 décembre 2008

N'oublie rien

Je devrais continuer de travailler sur ces stupides montages de fin d’années. Aussi stupides soient ils, c’est sans doute grâce a eux si de Thaïlande je pourrais pousser jusqu’au Vietnam, Cambodge, Laos…Malaisie, Singapour. A l’évidence j’ai la tête déjà là bas, et je pense que mon entourage doit le sentir. Je pense à toi culture, à nos rendez vous manqués, par manque d’attention, à ma mère et mes frères que j’essaie de voir le plus souvent possible et qui s’inquiètent subitement sans nouvelles depuis 5 jours…Il faut dire que je n’avais sans doute jamais été aussi présent à la maison depuis…oulala…trop longtemps. J’ai le cœur qui s'effrite quand je laisse ma mère seule avec mes frères dans cette maison en devenir. Le besoin d’autorité paternelle est tellement évident que je me surprend à vouloir jouer ce rôle quand rien ne va (c'est-à-dire souvent…). Mais à quoi bon se prendre au jeu si la comédie doit se terminer dans 15 jours là ou il faudrait être présent au quotidien. Je vois mon petit frère Hugo changer, se révolter, se rebeller (adolescence ou mauvaise influence…), manquer de respect à ma mère, qui continue de donner sa santé et ses sourires contre vents et marées. Je vois Benjamin prendre un nouveau chemin dans sa vie, et Simon stagner au fin fond d’un immobilisme qui l’oppose à tout ce que la vie a de changement perpétuelle.


Je revois les mois de septembre et d’octobre comme une véritable épreuve, je n’ai aucune honte a reconnaitre ce qui m’est arrivé, et aussi lourd soit le poids de ce mot, pour l’avoir toujours hais, c’est bien d’une dépression dont je sors. Des kilog perdus, le sommeil impossible, le cœur qui bat tellement fort la nuit…la sensation d’être moche, lourd et inutile. Je repense à mon père, je me dis que j’ai sans doute suivi ses pas avec 30 ans d’avance. Je revois son visage vide de sens, rempli de doute, et je repense à moi…A ce retour du club med’, à ce choc que j’ai subis de plein fouet, comme fauché par un TGV. Plus de maison, plus de travail, 3000 questions qui klaxonnent embouteillées dans ma tête, la pression qui dégouline des gens que j’aime, que j’ai peur de décevoir dans les choix que j’avais engagés plusieurs mois auparavant…ma vision de la vie, du bonheur, de la liberté a été secouée ça oui !

Il m’a fallu beaucoup de force pour retrouver toute l’assurance qui m'habitait avant ce retour. Pourquoi c’est arrivé ?

Je me pose toujours la question, même si au moment où j’écris ces mots, ça me parait évident qu’après 28 ans d’existence je connaisse ce moment de doute sur l’avenir et tout ce qu’on nous force a mettre dedans. (la stabilité, la situation, la sécurité…)

Finalement être moi-même, c’est être tout ce que ne sont pas les autres aujourd’hui et qui a l’air tellement rassurant, tellement simple, presque géométrique dans son caractère évident. La rigueur d’un carré n’a jamais été mon espace d’émancipation, je me suis construit en me diluant, l’image d’une goute d’encre dans un verre d’eau me plait. Serrer mes amis dans mes bras comme des petites copines, ne jamais savoir quelle heure il est, perdre tout, ne pas penser à tout...J’ai peur d’avoir trop de chose, j’imagine ma liberté se résumant à un lit et de la musique, juste de quoi mettre dans un sac si une porte s’ouvre et courir assez vite avant qu’elle ne se referme. Est-ce vraiment moi ce que j’écris, ou simplement ce que je ressens au regard de ma situation…avant un départ rempli de certitude, d’intuition et de défi.


J’ouvre seulement les yeux sur des phénomènes étranges. Par exemple, je me suis aperçu ces derniers jours que je n'empruntais plus le même chemin pour descendre en ville, avant le club, je passais toujours par l’avenue de liège, et à chaque fois que j’arrivais sous le derniers lampadaires de la rue Colart Creste, j’attendais avec délectation le moment où il se mettrait a clignoter…convaincu que mon énergie influençait le rayonnement de la lampe. Désormais je descend la rue et ne passe jamais plus devant l’éléphant bleue. Et le plus drôle c’est que le premier lampadaire de cette même rue (qui n’est plus la mienne) se met lui aussi a scintiller quand je passe en dessous…Mes vérues ont également disparues.

Je me dis « n’oublie pas de pas laisser ta langue entre tes dents quand tu pogotes en concert, n’oublie pas ce riff de guitare et cette attitude d’un chanteur de rock que j’adore, n’oublie pas la sensation de réveil après un film qui t’as enrobé, n’oublie pas de bien ranger ta carte bleue et ton passeport, de pas perdre le bracelet a ton poignée droit, le gout du caramel… »


Je me dis plein de chose et je préfère pas penser au retour…car il est loin, car il est incertain, car je ne pourrais trouver de réponse à ce problème qu’une fois confronté a cette situation nouvelle. Cette fois ci, je saurais écouter les signes que mon corps m'envoies, comme il l’a fait en Aril…mai…et juin.


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