samedi 3 novembre 2007

regarde loin, plus loin encore...

L'expulsion était vraiment tangible le lundi soir 29 octobre vers 18.30...C'est d'ailleurs assez étrange de ressentir présent en dehors de soi même quelque chose d'encore latent, invisible, irrévélé...Abstrait.
C'est sans doute le point de départ d'une profonde irruption, d'un mouvement incontrôlable, mais si essentiel...Le corps, le mien me réserve encore bien des surprises, moi qui par moment tente de le pousser (si) prudemment vers ses limites, ou plutôt de m'aventurer au delà de celles si, voir si là bas, le temps dévaste aussi les terre de l'imaginaire. Comment serait-il possible de graver dans l'espace temps qui nous coince des moments furtifs, des regards bêtement portés vers le ciel, accompagnés de pensées mystiques, l'immortalité et son fantasme restera malgré moi une bouteille à la mer qui trouvera bien un rocher pour s'écraser tout contre. Ce soir là, je finissais une Histoire. Raconter la fin d'une histoire, oser envisager le mot "FIN"... mon traumatisme se trouve quelque part ici...Les vagues de frisson des pieds jusqu'au bout de la nuque, y trouve leur origine.
Ce court-métrage a commencé a me faire peur l'avant dernier jour; ne pas s'opposer au mouvement vital de la chose qui devient, qui prend ses choix dans l'urgence à ma place, qui contrarie le fantasme de mon image mental, la vache...c'était dur !
La maladresse de ma première fois, le désir de prendre son temps, de placer les choses pour mieux ressentir ses points d'extrême sensibilités, la précipitation, et beaucoup trop d'insuffisance...tout ça traverse ma tête, être réalisateur commence a s'éclaircir dans mon esprit...Je suis sure d'une chose aujourd'hui, c'est le conflit que j'aurais du solliciter auprès des autres pour mieux trouver la résolution, le tout me parait rétroactivement bien trop sage et conciliant.
Mais la chose est là, hors de moi, et elle me fait un peu (menteur...) peur.
Je suis restais sur une corniche, a regarder le jour fuir. Audresselles...je me souviens de toi, de ma première fois avec toi, la pêche aux moules, mes 14 ans, aveuglé par la beauté d'une fille de mon âge, j'allais à partir de ce moment là, vivre une portion de vie qui ne pouvait pas se terminer autrement qu'ici, dans ce contexte, avec ses gens là. Forcement, la vie est forte dans ses moments là, et le sang frappe fort les parois du corps, déclenchant par moment des mouvements de jambes incontrôlés qui effritent la falaise...Mais elle tient bon la nature, elle encaisse, ou elle reprend juste ce qu'elle m'avait donné ce jour là de mon enfance, l'énergie traverse le temps, le corps, la terre...l'équilibre est presque retrouvé, je sens bien qu'une partie de moi aimerait la retenir encore, ne pas tout lui rendre, ne pas tout oublier, ne pas tout laisser sortir. Je vais devenir quoi moi sans ça, sans elle ?

...puis quelques personnes viennent me voir, intrigué de mon isolement soudain. Une grande respiration, le contact discrètement suspendu, dissimulé sous les paumes de mes mains qui arrachent un peu d'herbe, comme pour lui dire "attends, on finit ça bientôt..."
Je reste vague, je me sens un peu con, alors j'évite de donner à voir le cliché du mec qui est ému par la fin de son tournage, je fais semblant de contempler le soleil rougeâtre se cacher sous la couette.
Je ne pense pas avoir été un bon comédien sur ce coup là, j'aurais tellement aimé pleurer, et plus encore comprendre pourquoi. C’est le souffle qui retient les larmes, de profondes inspirations, la peur de tomber avec ses blocs de terre qui s'arrachent sous mes pieds, c'est pas très haut, mais quand même, c'est pas ce dont j'ai envie.
Je lui dit au revoir, je lui dit aussi "excuse moi, j'aurais aimé ne pas être là, ou être autre chose", je lui dit aussi, "maintenant que tu es hors de moi, je vais commencer a t'oublier, je me sens arraché, mais plus attaché..." Bref on se dit pas mal de chose elle et moi, et doucement toute l'énergie est passée dans le sol, jusque dans la mer…les jambes se calment, le souffle se pose, les doigts relâchent les quelques brin d'herbe prisonnier d’une ultime étreinte. Je me lève, presque comme après une course de natation durant laquelle j'ai flippé à l'idée de me noyer à chaque mètre qui m'approchait du bord. Je suis sure d'une chose, les derniers étaient les plus durs.
Un dernier regard, il fait noir. Tout est partie.