Ne pas savoir ce qu'il y a derrière la porte du fond du jardin, celle qui, recouverte de lierre donne sur un immense champs ou rien ne pousse depuis longtemps. On y est souvent attiré à cet endroit, à force de jouer dans le jardin, la balançoire finit par me donner la gerbe. Et pourtant j'ai rarement franchi les barbelés, peut-être une ou deux fois pour aller récupéré le ballon qui était passé au dessus...
Putain, ça fait depuis 2004 que je suis coincé sur ce gazon bien tondu, attaché à un boulet, ou peut être le boulet lui même (t'as bien raison sur ce point petite chatte), mais un type de boulet révolutionnaire. Pas du genre qui te coule au fond de l'eau, ou t'emporte dans un précipice sans fond, nan le mien il est assez spécial.
Il flotte, il ne se pose jamais plus, le flottement c'est comme faire pause sur une image et la regarder de tous les points de vue imaginables, le truc c'est que si le temps du film est arrêté, celui de la vie continue.
Y'a pas de doute, j'ai pris un coup sévère, avaler une pilule mutante qui a transformé plein de chose en moi. Je m'en rend compte ce soir plus que d'habitude, les choses normales comme le désir pour quelqu'un, l'irrépressible envie d'être a l'intérieur, l'idée folle de s'abandonner pleinement pour une autre personne, est-ce grave si j'arrive plus a le concevoir ?
ça va durer longtemps ?
J'en viens souvent a penser a ce que j'ai pu ressentir au moment le plus critique de ma relation passée. La terreur, je crois sincèrement que le mot est juste. Si j'en crois ce que les films, l'Histoire, ou les simples récit de personne traumatisées en disent, et bien que la mienne soit toute subjective, c'est ça ce que j'ai vécu. Vivre avec l'impression d'être constamment étouffé par un poids sur la poitrine, avoir les tendons d’Achille sectionnés, mais devoir continuer d'avancer, parce qu'il le faut, sinon c'est la chute. ça fait chié d'être autant obsédé par soi même, alors que depuis qu'elle est partie, même si j'ai toujours peur d'apprendre sa fin, je suis tellement plus heureux, tellement plus moi même, c'est con ça quand on sait pas vraiment qui on est...
Je vibre de tout mon corps a le tremper d'émotion pour des morceaux de musique, des films, des courses effrénées dans des paysages sauvages, et j'arrive pas a entrevoir un début de relation avec quelqu'un qui pourtant n'a que des qualités.
J'aurais du en parler plus tôt, il me l'avait dit, il me l'a dit plusieurs fois, chaque fois qu'il me demandait "Et toi, comment ça va ?" et que je répondais "Bien, moi ça va bien...", alors il ajoutais avec plein d'inquiétude "Ah oui, ça va toujours pour toi de toute façon, c'est jamais important hein..."
...et là, je souriais au téléphone, je me sentait tout nu, tout con comme quand petit je me cachais sous la table pour mettre mes lunettes sans que personne ne le voit.
Faudrait sans doute commencer par là, les lunettes, pourquoi j'ai toujours eu honte d'en porter ?
On se croirait dans une mauvaise analyse de psy formé par abonnement à Télé 7 jours...
Faut que j'arrête, j'ai enfin envie de dormir.