lundi 7 avril 2008

le départ...

C'est bien le mot approprié puisque ce soir est mon dernier soir au château...je tournerai la clé de la grande porte en métal une dernière fois en quittant mon lieu de travail. 5 ans !
Exploit, je pense pas être un jour parti sans oublier de la fermer, pourtant dieu sait si j'en ai oublié des choses dans le cadre de ce boulot, malgré un zeste de nostalgie, le désir de vivre une nouvelle aventure est tellement fort que je me sens presque pousser des ailes. Alors rangement oblige, j'ai retrouvé un texte que j'avais écris y'a un bout de temps maintenant, plutôt que de l'éffacer, je le post ici, pour le relire, si besoin en était...il n'a pas était terminé.

JUSQU’A

Se sentir invulnérable, puis tomber. La vie de cet homme finit par la chute…Une chute si longue, ralentie par les souvenirs de sa vie, des images de bonheur, des images décolorées, tremblantes, floues, presque lissées par le temps…des séquences de vie.

Ses lèvres esquissent un léger sourire, une envahissante sensation d’allégresse inonde sa figure, cerne ses yeux, accentue les plissures de ses pommettes…comme un enfant il gonfle ses joues laissant discrètement sortir un bout de langue luisante qui se confond au rose de ses lèvres. L’euphorie de son visage est enroulée par les mouvements délicats de ses cheveux, balayés par la vitesse de sa descente.

Derrière lui, une abrupte falaise grisâtre défile sans que l’on puisse discerner les formes de la pierre.

En bas…on ne sait pas…reste-t-il encore beaucoup de vide a traverser avant d’atteindre le fond ? Est-ce cela qui semble le rendre si heureux ?...l’idée de voyager dans le temps, de pénétrer l’atmosphère pour se fondre en elle…on ne sait pas.

Une boucle sonore tourne dans sa tête, un mélange multiple de couches aigues, hybride d’une voix nasillarde samplée et d’un ensemble de cordes dissonant, stimule les terminaisons nerveuses de son cerveau. Tout son être est tourné vers la sensation, c’est comme si l’imaginaire de sa chute semblait pouvoir même dépasser par la vitesse, les lois de la physique. Pour la première fois de sa vie, son esprit attendrait l’arrivée du corps qui habituellement l’enferme.

Là en bas, nonchalamment accoudé sur un rochet, presque exaspéré de l’avoir fait attendre.

Le bunker est sombre, les murs, gris traversés par des filés de calcaires. Au fond de la pièce principale, une grandiose baie vitrée s’étend sur la presque totalité de la largeur. Un store en métal austère engorge la vision d’un paysage apocalyptique lacéré par les lames rouillées du volet fermé. La pierre s’arrache au ciel, laissant deviner un abîme duquel s’échappe quelque vapeur d’humidité.

Une lumière funeste se glisse entre les tranches du store, découpant le sol en un échiquier martial, une lueur blafarde s’engouffre dans un rectangle en plastique blanc suspendue au plafond, et efface le carrelage d’ombre, laissant apparaître une masse réfléchissante étrangement informelle dans la coin gauche de l’unique pièce.

Un lit, recouvert d’une épaisse protection en plastique s’empare des reflets lumineux et laisse apparaître le corps chétif d’un enfant au teint pâle. Recroquevillé sur lui-même, enroulé dans une tenue bien trop grande pour lui, la pesante côte de mail qui le recouvre laisse apparaître les appuis fragiles de son petit squelette.


1 commentaire:

Cookie ou Kros a dit…

C'est un nouveau départ Bobby.
Tu sais en déménageant, j'ai retrouvé aussi des choses, des textes, envoyés par d'autre, des photos.
J'ai du mal avec le passé, la nostalgie, je ne sais pas pourquoi.
Des choses, des gens me manquent.
Tu vas me manquer pendant tes mois à la découverte de nouvelles contrées, de nouvelles rencontres.
Profite bien de tout ça...