Titre totalement stupide, mais c'est un air qui s'est incrusté dans ma tête à l'image d'une comptine...genre"1 Km à pied ça use, ça use..."
01/05/2007
Pour finir le plan n’est pas suivi, au lieu de l’Oukaimeden initialement prévu, c’est vers les cascades de l’Ouzoud et sa vallée que nous allons…
Putain de stylo qui déconne (là pour le coup, il faudrait scanner la page pour remettre du sens dans ce décalage de support d’écriture…et de l’espace temps correspondant…bon c’est mal barré pour la retranscription pure et dure !)
Perfectionniste ?, reste que je ne supportes pas de lire mes mots a moitié inscrit sur le papier, je suis sans doute trop sure de ce que je veux écrire pour laisser supposer que mes idées s’effacent ou sont à moitié lisibles.
J’arrive. Voila, c’est mieux. Merci Ninish. Premier pas sur le continent Africain. Maroc, Maghreb, Ouzoud…Des cascades d’eau en pleine montagne, frontière géographique entre le moyen et le haut atlas. On y dormira cette nuit dans une tente berbère logée sur une corniche au pied de l’oued qui s’écoule…
Relaxant, apaisant, le bruit tumultueux de l’eau dans la pénombre de la nuit n’est pas sans me rappeler le souffle de la mer à Wissant, et mes premières nuits d’amour sur la côte d’opale. La fraîcheur du ronflement des vagues perçue depuis ma tente est restée en moi comme l’empreinte romantique de mon adolescence. Va vraiment falloir que je pense à laisser tout ça derrière moi…un jour.
L’échos de ce passé et ses indécrottables séquences de vie sera sans doute exaltant, voir excitant. Dommage que je sois avec Agneshka.
Le partage est la première idée qui me vient à l’esprit devant cette beauté primaire, ou plutôt cette beauté première, elle n’a rien de primaire, si ce n’est la nécessité de l’aborder comme telle, dans un élan de plénitude naturel, instinctif…moi qui suis plus cérébrale au quotidien, le transfert est soulageant.
La vie devrait peut être (j’aurais voulu écrire « évidemment »…) retrouver un peu de ce souffle magique et spontané qui fait défaut à notre quotidien urbanisé. Au fond on a tous besoin de revenir a des choses simples ; une tente, des couvertures, promenade à pied…un tajine fumant qui m’attend au retour, des baignades, le ciel étoilé…du sex. J’en ai envie là, pas de chance.
Je pense à Loïc, ce pays, c’est un peu de là qu’il vient aussi, certain trait de son visage se promène chez ces autochtones. C’est lui qui disait que j’avais quelque chose de sexuel en moi. Je pense au Cookie, à Sly, à Jerem…Cette petite métisse me trotte dans la tête, puis une autre personne, mais la nature toute entière me murmure qu’elle n’en vaut pas la peine, elle est trop belle pour me mentir.
C’est vraiment têtu un sentiment. C’est comme un chien battu, tu as beau lui témoigner autant de mépris que de frustration, il revient toujours la tête baissée…
On vient de rentrer d’une soirée magique avec Taïbi, un type formidable, sincère et généreux. C’est dingue a quel point la gentillesse appelle la gentillesse. Il vient de nous raccompagner en pleine nuit jusqu'à notre campement de peur que l’on se perde. Ce qui aurait été le cas d’une façon certaine.
Vers minuit, avant de partir, il nous a conseillé d’attendre que la lune pointe le bout de son nez au dessus des montagnes, sa lumière allait éclairer notre piste.
J’écris dans un cadre qui relève du pure cliché ; éclairé a la bougie, dans une tente berbère bercée par le sifflement de l’eau qui s’écoule, avec une polonaise dont la seule obsession est de ne pas se faire piquer par des bêbêtes (là, elle vient de me faire remarquer qu’il y avait des éclairs dehors, nouvelle obsession : rester au sec.)
Je me sens tellement éloigné de ce genre de considérations pratiques que le l’invite avec toute mon adresse légendaire et mon tact de célibataire (trop) endurci, à se rendormir. (traduire : ferme la et dort !)
Il y a une autre personne en plus du cookie national et de la troupe des grungys qui traverse mes pensées…A l’évidence, c’est sans doute la seule personne qui aura pensé a me souhaiter ma fête le 2 mai (je suis mauvaise langue, j’avais plein de texto sur mon portable a mon retour.). Quand le mec de l’hôtel m’a dit « vous avez un message pour votre anniversaire » (au début j’ai vraiment rien compris…), je lui ai immédiatement répondu après avoir réalisé de quoi il s’agissait « C’est mon père qui m’a écrit… »
Alors là, pour le coup, c’est le genre de trip que j’aimerai partager avec toi. Si tu as pu m’ouvrir les yeux sur les petits bonheurs du luxe, j’aimerai oser te faire partager ceux là.
Bon, j’imagine déjà ta réponse, un truc du genre « Mais je connais ça, j’ai fait la même chose a ton âge, en vieillissant on attend autre chose, moi aussi je faisais les festivals de Torhout Werchter…c’était grunge ! » (ps : le mot grunge ne fais évidemment pas partie de son vocabulaire…)
N’empêche que je pense très fort a toi.
Cette journée et les baignades dans les immenses vasques naturelles de l’Ouzoud m’inspirent plus que les souks de Marrakech et ses palais impériaux.
If I have to switch the light off, I want to switch it off with you.
J’écoute IAMX en même temps que j’écris et cette phrase prend un sens délicatement enrobé par la lumière de la bougie et l’odeur de la cire.
J’aimerai passer une semaine entière ici. Demain Taïbi nous emmène en excursion dans son village berbère et visiter des grottes dans les montagnes.
C’est marrant mais ce dépaysement total met d’autant plus en perspective mon désir de tout quitter pour aller commencer quelque chose de neuf ailleurs. Voir comment je m’en sortirai, ce que j’apprendrai de plus sur moi que je crois déjà savoir.
Depuis tout petit, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai toujours adoré les personnages de B. Willis, j’ai senti en moi le besoin de me mettre dans une situation à risque, histoire de me prouver que j’agirai avec héroïsme, bravoure…et toujours avec cette pointe d’humour décalé, qui fait tout le cynisme d’un certain John Mc Claine.
J’aimerai pouvoir raconter cette expérience comme un récit initiatique. Je sens bien qu’en dépit d’un certain équilibre dans ma vie spirituelle, physique et sociale, un typhon siphonne bon nombre de mes pensées dans la tourmente.
Bizarrement, l’idée de la mort m’obsède quasi quotidiennement, pas comme une icône morbide, plutôt comme un mystère…le même que celui qui éloigne de plus en plus l’homme et son lien spirituel d’avec la nature. Où est le sens de tout ça en fin de compte ?
Une question de trop qui me laisse naturellement pencher vers la douceur de la mélancolie. Celle qui laisse toujours un rayon de lumière dans la pénombre s’accompagner d’une larme…comme une extase devant une équation fatalement inextricable, et qui pourtant attire vers son centre toute ma gravité. (Dans les deux sens du terme). J’y vois l’infini des galaxies, l’idée incommensurable d’un espace sans limite, qui rien que dans sa formulation contient naturellement son paradoxe originel…ESPACE/LIMITE.
02/05/2007
Quelle journée !
La nuit a été mouvementée, dur de trouver le sommeil au pied d’une cascade en fait !
La rando a commencée vers 10.00, et à 11.30 une étrange crise de panique m’a envahi devant le danger que j’encourrais. Nieshka était accrochée contre la falaise, sous ses pieds, le vide. L’objectif : visiter des grottes, mais pas le circuit touristique. Notre guide Taïbi semble bien confiant en nous. Je dois reconnaître avoir été surpris par le sang froid qu’a su garder Ninish durant cette escapade. Moi, en la voyant dans cette posture, j’ai réalisé le danger encouru et l’irresponsabilité du guide. Si elle glissait, elle y restait. Un vertige ascensionnel m’a soudainement comprimé la poitrine. Le temps de me ressaisir discrètement, sans que personne ne voit la faille qui venait de fissurer la façade de mon assurance, et me voila à l’attaque de ce passage risqué. Ninish ayant survécu, je n’avait plus aucune excuse, voir mieux, une motivation supplémentaire. C’est étrange que je réagisse de la sorte. Le même vertige qu’en République Dominicaine, ou j’ai faillit me noyer en voyant tout le monde équipé d’un gilet de sauvetage en plongée sous-marine, sauf moi.
Quoi qu’il en soit la pulsion de vie bat son plein. J’ose espérer que c’est son professionnalisme qui lui a permis de nous emmener là haut, et non son insouciance. La visite du village est frappante, 700 habitants qui occupent ce sommet depuis 900 ans…Le cimetière est plus grand que le village. Sa maison respire la fraîcheur et l’harmonie, elle sent ce qu’il y a de bon en l’homme : sa détermination a faire avec ce que la nature nous offre.
Plus tard, pause baignade et saut du haut de rocher. Ninish n’est pas capable de prendre la foto au bout moment…la chute doit faire 5 mètres, mais c’est déjà impressionnant.
L’eau est trop froide pour les marocains, ils me regardent me dandiner comme un singe a courir devant eux pour sauter à nouveau (c’est ce que j’ai cru entendre à mon sujet…), puis finissent par m’inviter à manger avec eux. L’hospitalité locale est touchante.
05/05/2007
Essaouira, la polonaise me casse les couilles. Faut dire que je la met à rude épreuve et que je fais pas beaucoup d’effort. Trop de sollicitations, trop d’attention réclamée, de question inutile…On est résolument différent.
C’est une superbe ville, on fait le tour assez vite, la région est également resplendissante. Le détail qui me marque le plus, c’est la constante disponibilitée de la nature, et ce malgré un climat extrème. La pêche, et l’arganier en sont les images les plus symboliques. Cet arbre peux vivre 7 années sans une goutte d’eau, il permet la production d’huile, de miel, mais surtout de nourrir les troupeaux qui n’hésitent pas a escalader l’arbre. Une brebis Cliffhanger, c’est assez inattendu. Je prend le temps de me poser et de réfléchir au tournage de « Lapis lazuli », j’ai d’ailleurs trouvé un pendentif ici.
C’est le moment du voyage où je commence a penser au retour, presque à le souhaiter, pour ne plus être dans cet étrange entre deux. Demain nous serons à Casablanca pour la dernière journée du séjour.
Si je devais faire un point, je sais que les montagnes de l’Ouzoud, m’ont particulièrement marquées. Les villes sont superbes, mais je reste étrangement en retrait par rapport à leur civilisation…
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