A peine sortie de l’aéroport, et soucieux de faire des économies…Je fonce dans le premier bus qui passe, sans chercher a savoir où il va exactement. Par chance, ce dernier nous dépose au terminus de la ligne, à Negliget. De là, un couple de jeune nous renseigne sur un autre bus qui mène au centre ville. De loin, on le voit arriver, après quelques secondes d’hésitation, je cours en criant et le chauffeur nous attend. J’ignore par quel mystère, mais on retrouve dans le car le couple hongrois…Pourtant, ils ne nous suivait pas, les Carpates n’étant pas loin…rien ne me parait impossible.
Le bus amoché nous dépose tant bien que mal près de la gare de Nuygati, où est sensé se trouvé l’auberge de jeunesse « Yellow submarine ». Il est 00.30. On trouve très facilement l’Auberge et une serrure a code dotée d’un interphone. 1 essai, personne…étrange, on persiste. Au 6 ou 7ème, une voix granuleuse de celle qu’on réveille en pleine nuit me rassure. On check le lit. Un dortoir de 12…vide avec seulement nous deux. Il fait très chaud là dedans.
De la haut, on distingue la splendide gare à l’architecture tourmenté, un grand écran qui diffuse des images style MTV, un prompteur qui annonce une température qui doit sans doute inquiétée tous les Hongrois. Il fait 5 °…Nous sommes le 12, une balade nocturne s’impose dans cette silencieuse métropole. Sur le chemin du baroque parlement de Buda, quelques groupes d’ados canette de bière à la main me donne fugacement l’envie d’être hongrois à ce moment précis. Il pleut, le Danube bleu ne m’avais pas encore semblé si noir dans cette nuit humide. Impatient d’entamer la journée chargée du lendemain, nous rentrons. Sur le chemin, je me demande ce que ressent Sylvain, j’ai encore ce soir là les traces fraîches de mes premiers pas dans la neige qui recouvrait alors la colline du château…c’était il y a 2 ans. Ça me semble moins, j’espère qu’il est autant excité que je l’étais.
L’apesanteur existe [encore]
Réveil très tôt, programme chargé. Direction la gare centrale, pas celle face à l’hôtel.
On redescend sous terre, signe prémonitoire on se fait contrôler à la sortie du métro, j’étais heureux d’avoir payé à ce moment là, si j’avais su, je l’aurais fait systématiquement…on se dirige vers la ligne 2 du tramway qui nous permettra de longer le Danube et toutes ses splendides façades et monument. Au terminus, je monte innocemment dans le tram d’en face, qui selon ma logique, fais la même route dans l’autre sens. Pas de chance, ce n’était pas le cas. Progressivement on s’enfonce dans cette ville à l’allure défoncée, des maisons usée aux blocs collectifs des années 70, mon regard s’arrête sur le moindre détail. Les passants, le mobilier de la ville, les stations essences…le soleil qui impose ses rayons de plus en plus fièrement sur le Danube, fait briller mes yeux. Il fait 15°, mon cuir me porte trop chaud, je suis bien.Direction le quartier historique de Buda. On longe les remparts extérieurs et faisons la connaissance de la basilique baroque de Saint Mathias, puis le bastion des pécheurs. C’est magnifique, on dirait un décor de film. A ce moment là, j’ai la musique de Ghinzu dans la tête, j’imagine un ‘Dragon’ qui hésite a craché son feu de peur de noircir la blancheur de la pierre. Le vent souffle c’est incroyable, par moment c’est dur d’avancer. Je pense a Olivier…je me dis qu’il aurait forcément parler de Kite à ce moment là. La visite se prolonge, les transports en commun nous permettent de nous rendre facilement d’un côté à l’autre du danube. De là haut, les trois ponts principaux s’étirent entre l’eau et le ciel dans des styles différent. Le fameux pont des chaînes, le pont marguerite et un troisième dont j’arrive pas a traduire le nom…C’est d’ailleurs mon favori. Fait de métal, peint en vert, il m’évoque San Francisco…J’y suis pourtant jamais allé et ignore carrément si il y a un pont de ce type la bas, mémoire collective, préjugé, souvenirs lointain peut être.
La basilique Saint Etienne m’avais marqué, pas très loin se trouve la boutique d’une styliste que j’adore. ‘AquatiK’, c’est le nom du shop, l’année dernière j’avais ramené un jean unique, cette année encore, j’ai trouvé un pantalon dont je pourrai me targuer d’être le seul à le porter en France…J’aime beaucoup cette idée (pourtant c’est con…)
J’ai faim, l’air de rien, on a pas mal marché. Un fast-food gastronomique recommandé par le guide que m’a gentiment offert la culture me calle…C’est assez rigolo, imaginez une quinzaine de petit toast que vous choisissez, ils ont tous l’air d’un gâteau, plein de couleur, ça coûte rien.
C’est parti pour Andrassy, l’avenue principale de Budapest, leur champ Élysée National. Sur la route, le flamboyant opéra nationale m’aspire, on rentre…jette un œil intimidé par toute cette surenchère de détail. Puis le programme apparaît près d’une caisse…Ce dimanche se joue « Le crépuscule des Dieux » de Wagner. Qu’est ce que pouvait être un opéra de cette ampleur dans une telle salle…une seule façon de le savoir. Le spectacle dure 5 heures, excité par cette nouvelle expérience, je range précieusement les tickets dans une poche secrète. Plus loin « « le musée de la terreur », on s’y arrête. La visite dure 2 heures. Je reste très perturbé par la muséographie de ce bâtiment qui servit successivement aux services de renseignement nazi et communiste. La torture, les exécutions, les rafles, les épisodes de délation…l’obscure et violent passé de la Hongrie nous saute aux yeux dans des mises en scène sophistiquées et souvent dérangeantes.
17.00, il est temps de me laver l’esprit de toute cette merde. Les bains Szécheny, 2ème complexe thermal d’Europe attisent ma curiosité. En maillot de bain, je regarde curieusement les baigneurs dans d’immenses piscines extérieures…Il fait tout de même pas très chaud, un nuage de vapeur recouvre l’eau chaude des bains dans lesquels de fleurissante fontaines arrosent les chanceux qui se trouvent en dessous. C’est ici que j’ai renoué avec l’apesanteur. Celle qui instinctivement m’amène à prendre une position de fœtus dans l’eau. C’est curieux, j’ai oublié cette sensation, mais je n’ose pas imaginer m’en souvenir. Celle d’un noyaux chaud, qui me protège du reste…et pourtant j’ai pas le choix, ma tête hors de l’eau est séchée par le vent froid. Bébé, j’ai vraiment du pas être content de sortir de là !
On sort après 3 heures passées dans l’eau. Convaincu que lors de cette déchirure avec la nature, on a vraiment tout perdu. Pas très loin, la place des héros. Magnifiquement éclairée, sur laquelle trônent plusieurs sculptures émouvantes.
Journée épuisante, mais cette fatigue je l’aime bien…Elle me donne envie de partager mon sommeil avec quelqu’un…j’y pense, mais pas trop quand même.
Pecs.
Le train part, Sly et moi on termine la nuit dedans, doucement ballotté dans ce qui est un train express, leur TGV intercity. Arrivé à la gare de Pecs, encore une fois la folie de se perdre me pousse a sauter dans le 1er bus qui passe. Il nous dépose Szécheny Square, de là où toutes les rues partent pour découvrir cette mystérieuse ville de 100 000 habitants. Szécheny est un gars très important pour les Hongrois, scientifique qui est à l’origine de la bombe atomique…Il a profondément modernisé la Hongrie, d’après ce que les Hongrois m’en dise. Toutes les façades retiennent mon attention…Mais ce qui me choque le plus, c’est le silence. En plein samedi après midi…même si les rues sont remplies, les hongrois sont calmes. Plus tard on décide de suivre le conseil d’une dame qui nous avait parlé de bain à Harcany, près de là où nous sommes…40 minutes de bus avec la peur de louper le bon arrêt. Mes yeux scrutent discrètement ma voisine d’en face, elle est charmante, ne parle pas trop l’anglais, mais semble connaître le mot « Swiming pool ». On arrive au milieu d’un village de vacance désert…les rues sont vides, bordées d’hôtel morts aux enseignes éteintes…aucune lumière et toujours le même calme. Ce côté quatrième dimension, m’avait beaucoup touché à Druskiniskai en Lituanie…c’était également une station thermale reconnue dans laquelle viennent se soigner les enfants malformés de Biélorussie et d’Ukraine à cause de la radioactivité.
On repart un peu déçu…C’est glauque, la piscine ressemble à une pataugeoire populaire pour touristes attardés. Un splendide couché de soleil nous fait patienter sous des couleurs soyeuses le bus qui doit nous déposer à 18.00 pour rencontrer Andras.
17.45, on repasse par la chambre que nous a louée un petit bonhomme au pull en laine rouge collant, l’hôtel que je cherchais étant fermé pour la saison. Un appart surchauffé au mobilier ringard mais tellement réconfortant, nous attend… loin de ce côté froid et impersonnel des hôtels…On sentait bien que des gens avaient dormi dans ces lits, mangé dans cette pièce…comme chez eux. Je me sentais bien dans cet endroit…Je crois que même crade je m'y serai plu !
La rencontre avec Andras se passe très bien…j’essais tant bien que mal de maintenir une discussion en anglais, il se débrouille bien. On déguste 2 spécialités locales sucrées…trop bon. Gentiment, lui et sa femme Clara nous proposent un concert de musique classique…Je découvre Bartok Bella, j’accroche beaucoup…Je pense à mon frère Benjamin en écoutant cette musique émouvante. Les mouvements épileptiques du chef d’orchestre me fascine…parfois j’imagine mon papi en le voyant faire de grand mouvement avec ses bras. C’est tellement généreux de donner cette sensation de n’appartenir plus qu’à la musique pour le plaisir de mes oreilles. Je pense à un film aussi, j’imagine une histoire, je pense à mon grand père, j’aurais aimé le voir faire ces grands signes avec des cheveux gris.
On rentre épuisé après un restaurant copieux…là bas, ils mangent beaucoup !
Avant de se quitter, Andras nous propose de nous raccompagner à Budapest le lendemain et de passer la journée ensemble. Volontiers, on accepte.
Décollage vers 09h. Le ciel est toujours aussi bleu, la température clémente…près de15 ° vers 11h lorsqu’on arrive à Budapest. On décide de visiter ensemble une galerie de tunnel qui relie l’entrée nord de Pest à celle au sud. Une blague stupide nous attend à l’intérieur de ce labyrinthe musée. Un jeu pour enfant m’amuse beaucoup, dans le noir absolu, je suis une corde qui me sort de ce dédale, au début c’est un peu flippant. Mais très vite ma sensibilité s’adapte et le moindre trait de lumière gâche cette peur primaire du noir…J’ai vainement essayé d’effrayer un gamin en poussant un rugissement, mais ça l’a fait rire. Faut dire que j’ai du mal à faire peur en général…j’veux dire vraiment peur.
Je m’impatiente à l’idée d’aller à l’opéra, mais avant Andras nous fait découvrir Szentendre, magnifique petit village accroché sur le bord d’une rive du Danube. Petit, sinueux, accueillant, ce village me rappelle Wissant…J’ai qu’une hâte, y retourner pour faire partager a quelqu’un cette impression. Avant de partir, je vais plonger ma main dans l’eau…pour pouvoir dire « je l’ai touché, ce long Danube bleu »…D’ailleurs j’ai trouvé l’eau relativement propre.
Andras nous dépose, on fonce à l’opéra. C’est en Allemand sous titré Hongrois…ça pose nécessairement un problème durant l’acte 1…Mais la douceur de l’acoustique, le tourment des arrangements, le chants des choristes me font oublier l’histoire que je ne saisis pas encore bien. Parfois je m’endors. Je me dis que j’adorerais dormir. Mais pas de chance…j’sui au deuxième rang et y’a rien pour m’appuyer. Au 2ème acte, Sly et moi avons plus ou moins compris les enjeux qui se nouent dans ce drame…mais beaucoup de zone d’ombre persistent. A la deuxième pause, un vieux monsieur, sans cheveux, sans beaucoup de temps a vivre et sans cœur m’agresse pour avoir retiré mes chaussures durant le spectacle. Il m’a vu les remettre à l’entracte. J’ai eu de la chance d’avoir demandé juste avant un livret pour comprendre mieux l’opéra de ce soir au couple de notre balcon. Si ce dernier ne m’avait pas rappelé en pensant que j’allais partir avec son livret…je serais peut-être encore en train de me prendre la tête avec ce bourgeois réactionnaire. En même temps je me dis que c’est a moi de faire pattes blanches…Je ne suis pas convaincu par toutes ses conventions stupides, costumes, robe de soirée, hypocrisie mondaine, principes débiles…frustrations peut être. C’est vrai que dans ce théâtre baroque moi en sportwear, avec mon nouveau jean stylé et mon tee-shirt Diésel, ça faisait tache blanche. Pourquoi tout est aussi sérieux, je veux dire l’art c’est du sensible fait pour être partager, le fait que je m’habille différemment de tous ses croques morts n’influe en rien leur destin…et moi encore celui de l’opéra. Pourtant je la ferme, je pousse cette rébellion au fond de moi, et je ne cesserai de la ravaler durant tout le 3ème acte à chaque regard porté sur mon voisin en fin de vie.
Le spectacle quand a lui est total, prodigieux décors, centaine de figurants, animaux sur scène, orchestre impeccable…Je tombe amoureux de l’opéra ! L’apesanteur renaît.
Mon sommeil est profond.
Le lendemain, on décide de profiter une dernière fois des vertus thermale de Budapest et allons aux bains Gellerts. Ceux que j’avais visités en 2005. Plusieurs passages successifs entre une eau à 38° et une autre à 8 ° me donne la sensation d’être un sportif de haut niveau. Essoufflements, plaisir de l’épuisement, jouissance du moment présent, de plus en plus urgent est mon envie de revenir avec des gens que j’aime.
12.00, on sort…12.40, on mange…Oups, faut qu’on s’affole, l’avion décolle dans moins de 2 heures…et on ne sait pas encore comment aller à l’aéroport, de plus faut repasser par l’auberge.
Le métro nous engloutit a nouveau…et un contrôle des titres de transport nous ralenti encore plus. Sylvain est retenu en otage, je vais chercher de quoi payer l’amende. Ça fait chier. Plus la peine de courir, pour maintenant c’est le taxi ou l’asile prolifique en Hongrie.
Aéroport, check-in, boarding, take off, landing…Charleroi nous voila, galère de train jusqu'à Peruwelz où ma super maman vient nous ramasser…
Dans l’avion j’ai pensé a Kevin, lui qui n’a pas encore décoller en avion…j’aimerai être avec toi le jour de cette première fois. Les premières fois on s’en souvient, même quand c’est nul d’ailleurs.

1 commentaire:
Génial ce récit, ça donne vraiment envie de découvrir ce pays encore préservé de bcp de méfaits de notre société actuelle. J'espère que ça restera encore longtemps comme ça, histoire que j'y aille.
Pour moi, ça sera le deuxième avion que je prendrai !!!
Elles sont vraiment jolies ces photos. Je mangerai bien un tiramitsu à Budapest pour aller ensuite me baigner dans les bains ;-)
Enregistrer un commentaire